Par contre, Matthias Müller est parvenu à une parfaite hybridation culturelle donnant lieu à un style propre, personnel et vivant. En l'église française, le jeune Bâlois passe du cor des Alpes au didgeridoo. Ce nom ne vous dit rien? Il a été créé par les Occidentaux par imitation de certaines onomatopées prononcées lors de l'utilisation de cet instrument - vieux de 40 000 ans - par les Aborigènes. En gros, c'est une trompe tubulaire constituée d'une branche d'eucalyptus creusée par les termites. L'Australien et son cousin alpestre se rapprochent, puisque tous deux ne fonctionnent que sur les harmoniques naturels, ne possédant ni trous ni pistons permettant les notes «classiques». Un seul son de base? Certes, mais Matthias Müller possède une telle technique qu'il présente des variations infinies de timbres, grâce à une utilisation efficace de ses pharynx, larynx et fosses nasales. Il réussit de périlleux intervalles, exécute des glissandi d'un harmonique à l'autre. Sa maîtrise absolue de la respiration circulaire, également sur le cor des Alpes, lui permet de varier les textures sonores en fondus enchaînés à... couper le souffle. Il vient troubler la pureté du son alpestre en mêlant sa voix à la vibration du cor, ambiance sombre puis tout s'envole. Volte-face. On s'installe dans un rythme, on pense qu'il va devenir répétitif et puis hop, pirouette, rien ne s'établit, rien n'est convenu. Matthias Müller joue de la musique avec une désinvolture empreinte d'humour, mais quel travail!